11.05.2012
nicolas alquin

Abeille et parole ont la même racine en hébreu : DaBeR. Quand Samson retrouve le crâne du lion qu’il a tué, un essaim s’y est installé. Il goutte à ce miel, et devient porteur de la parole. Quand Zacharie le muet accepte enfin son fils qui va naître, on lui tend une plaque de bois recouverte de cire d’abeille. Il y grave : « Son nom est Jean » et recouvre la parole. Quand Jean porte la parole au désert, il se nourrit de miel et ce qu’il dit bourdonne sauvagement. Quand nous écoutons les abeilles, nous ouvrons nos oreilles à la nature, qui est aussi la nôtre. Cette parole vient des fleurs des cornouillers, des rhododendrons, des sapins, des tilleuls et retourne se loger dans les troncs creux des châtaigniers, les souches des vieux acacias, car là se trouvent les ruches.
Il faut jusqu’à 100 kg de miel pour faire un petit kilo de cire, enseignent les apiculteurs, c’est la sueur des abeilles, disent-ils encore. La cire sourd de leurs pattes qu’elles raclent en entrant dans la ruche pour former des coupelles qu’elles entassent les unes au-dessus des autres contre le bois. La cire est récipiendaire par excellence, c’est l’accueillante, la mémoire du monde et l’arbre en est l’instrument. Travailler la cire, c’est murmurer le monde. Ce qui était tu, devient toi. Sonnent les collines, parlent les dunes, chantent les buissons et je ne dis pas l’odeur qui envahit l’atelier dans un soupir doré.
Le bois est creux : toutes ses fibres sont des tubes. Après séchage, cette matière ligneuse, ce fagot de vides, réclame la cire. Surmodeler le bois avec de la cire, comme l’ont fait les chamans Huichols chers à mon frangin Ivan, les sorciers Guérés, les rebouteux du Berry, c’est respecter ce va-et-vient de l’abeille à l’arbre, redire l’attraction du vivant à son origine, retrouver la longue parole des hommes et la mémoire des fleurs qui sont nos grandes sœurs. Tel est le labeur du sculpteur que je suis, accepter le printemps qui l’entoure, devenir bourdon en oraison sans raison.
Nicolas Alquin
19:54 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans exposition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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10.03.2012
Titus-Carmel

Quand bien même les choses – c’est-à-dire la réalité, notre vie, l’art ou la peinture – sont fragmentées, cela ne les empêche de se présenter d’un seul tenant. Comme si l’unité de notre œil induisait une unité à ce que nous regardons. Cependant, on sait bien qu’il s’agit d’un système fabriqué. Ce qui se rompt se continue autrement, et la ligne qui brise ouvre un nouvel espace en fermant un autre. Ainsi j’écris en pensant aux œuvres de Titus-Carmel et me traversent des pensées incongrues au regard de ce texte, cela n’empêche pas que je me sente rassemblé dans le temps, qui me fait comme un sol. Ce désordre apparent, que je garde pour moi, mais qui peut se montrer à travers ce que j’écris, dès lors que je l’ordonne par le travail de la langue, Titus-Carmel le montre dans sa peinture : c’est un ordre fait de désordre : couleurs, formes, formats diffèrent – mais en même temps qu’ils convergent : on voit bien tout ce qu’il y a de proche ou de commun à chaque toile, à chaque fragment de la surface qui la compose : cette proximité révèle la différence de chaque et la cohérence de l’ensemble. On n’est ni dans le procédé ni dans la déclinaison, mais dans la tentative renouvelée d’approcher au plus juste cette matière centrale et inconnue qui produit la force motrice du geste, en même temps qu’il ne peut l’atteindre ou l’épuiser, sans quoi il n’y aurait pas d’œuvre. En cela, la peinture de Titus-Carmel ne procède ni du jeu ni de la théorie, mais d’un espace qui croise sensibilité et réflexion, et offre autant de sens possibles qu’il y a de paysages intérieurs : palmes, feuillées, jungles imaginaires, chacun y verra son œil et s’y retrouvera. Car elle tente d’aller au fond de soi chercher ce qui peut s’y proposer, dans un geste aussi élaboré que spontané : l’équilibre qui en naîtra imposera sa force à la toile ou au dessin. Équilibre particulièrement savant chez Titus-Carmel puisqu’il s’agit de donner à chaque œuvre d’une série sa singularité et son autonomie, autant qu’à la série elle-même : je vois ce qui les distingue parce que je vois ce qui les rassemble. Ce qui est profondément humain.
Ludovic Degroote
11:03 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans exposition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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02.03.2012
Culture Club chronique 27_2_2012
11:32 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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01.03.2012
Le clin d'oeil de Virginie Cordier
Culture_Club_Chronique_27_2_2012.mp3
Le clin d'oeil de Virginie Cordier
culture club 27/2/2012
20:11 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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L'Écho - 11 février 2012

12:35 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans exposition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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La Libre Belgique - février 2012

10:55 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans exposition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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13.01.2012
valérie lenders

Valérie Lenders fait partie de ceux pour qui la liberté du dire se construit par la désaliénation du geste, le lâché prise formel et la recherche d’une rythmique spatiale. Rebelle, sauvage, elle s’est ouverte, aussi naturellement qu’une respiration, à la couleur, aux matières, aux métissages avec en filigranes une exigence : trouver un phrasé éveillant, dans les méandres de l’humain, une écriture abstraite dense, vivante et cadencée.
Chez elle, tout est rythme, dynamique, célérité ponctués de silences graphiques, d’improvisations successives et obsédantes comme une tentative – voire une tentation –
d’apprivoiser le bouillonnant, l’insatiable, un appétit boulimique d’expression. La toile s’abîme à l’image d’un palimpseste stratifié. La superposition du tracé concentre les énergies et construit un espace par la réponse, en écho, d’une plénitude excavée, de déséquilibres stabilisés, de modulations feutrées, de densités aériennes. Du tempo enfanté par ce dialogue entre complémentaires jaillit, par jeux de transparences, une écriture personnelle. Valérie Lenders s’écrit sur la toile, chorégraphie la jubilation d’un corps créateur, libéré des conventions sociales. Le bras s’étire de gauche à droite, le pinceau de droite à gauche. L’automatisme de la main redonne vie au mouvement.
L’œuvre est un laboratoire de recherche, un espace ouvert de questionnements. Par la répétition d’un même, chaque fois différent, à travers la scansion des séries, Valérie Lenders déjoue le sens commun. Elle débride l’espace par une floraison de formats, prisme la couleur par la rencontre de complémentaires improbables et sensualise les matières en les mettant en résonance. De la toile au papier, du trait à la trace, elle sort du cadre en travaillant la suture. Dentelles, tricots, coutures, voilages... le fil fait son œuvre. Il relie, renforce la profondeur par l’émergence d’une troisième dimension tactile. L’artiste brode ses accélérations, en découd avec le silence, apprivoise les ralentis et donne vie à un espace ouvert porteur de cette part de rêve inscrite dans la matière. L’imaginaire est débridé et laisse entrer le regard. Suivre Valérie Lenders, donne à paraphraser Wagner et rappelle que l’œuvre commence là où s’arrête le pouvoir des mots.
Chloé Pirson
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