| concours

13.01.2012

valérie lenders

salon_lenders_aff_jan12.jpg

Valérie Lenders fait partie de ceux pour qui la liberté du dire se construit par la désaliénation du geste, le lâché prise formel et la recherche d’une rythmique spatiale. Rebelle, sauvage, elle s’est ouverte, aussi naturellement qu’une respiration, à la couleur, aux matières, aux métissages avec en filigranes une exigence : trouver un phrasé éveillant, dans les méandres de l’humain, une écriture abstraite dense, vivante et cadencée.
Chez elle, tout est rythme, dynamique, célérité ponctués de silences graphiques, d’improvisations successives et obsédantes comme une tentative – voire une tentation –
d’apprivoiser le bouillonnant, l’insatiable, un appétit boulimique d’expression. La toile s’abîme à l’image d’un palimpseste stratifié. La superposition du tracé concentre les énergies et construit un espace par la réponse, en écho, d’une plénitude excavée, de déséquilibres stabilisés, de modulations feutrées, de densités aériennes. Du tempo enfanté par ce dialogue entre complémentaires jaillit, par jeux de transparences, une écriture personnelle. Valérie Lenders s’écrit sur la toile, chorégraphie la jubilation d’un corps créateur, libéré des conventions sociales. Le bras s’étire de gauche à droite, le pinceau de droite à gauche. L’automatisme de la main redonne vie au mouvement.
L’œuvre est un laboratoire de recherche, un espace ouvert de questionnements. Par la répétition d’un même, chaque fois différent, à travers la scansion des séries, Valérie Lenders déjoue le sens commun. Elle débride l’espace par une floraison de formats, prisme la couleur par la rencontre de complémentaires improbables et sensualise les matières en les mettant en résonance. De la toile au papier, du trait à la trace, elle sort du cadre en travaillant la suture. Dentelles, tricots, coutures, voilages... le fil fait son œuvre. Il relie, renforce la profondeur par l’émergence d’une troisième dimension tactile. L’artiste brode ses accélérations, en découd avec le silence, apprivoise les ralentis et donne vie à un espace ouvert porteur de cette part de rêve inscrite dans la matière. L’imaginaire est débridé et laisse entrer le regard. Suivre Valérie Lenders, donne à paraphraser Wagner et rappelle que l’œuvre commence là où s’arrête le pouvoir des mots.
Chloé Pirson

00:55 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans exposition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

24.11.2011

Cobraland dans la coll. La Petite Pierre - Les logogrammes à Pompidou

http://www.lalibre.be/culture/divers/article/702005/les-logogrammes-a-pompidou.html

14:47 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans edition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

11.10.2011

yves zurstrassen

salon_zurstrassen_aff_oct11.jpg

Autodidacte et expérimentateur, Zurstrassen ne craint pas les grands arbres. Il sait aimer et connaît ses pères, frères et cousins. Ainsi peut-il être lui-même et s’inventer dans l’effort et le plaisir quotidien. « Mon travail se situe davantage dans la continuité de ma propre expérience ». L’engagement est intense, continu, retrouvé chaque jour au petit matin et mené jusqu’au soir dans l’espace protégé de l’atelier, l’espace de tous les dangers. Quelques titres succincts, « Fragments », « Variation », « Ouverture », « Décollage », « Rêverie », « Jazz » venaient autrefois qualifier l’œuvre achevée. Depuis une dizaine d’années, le titre, c’est la date, au fil des heures et des jours en une longue éphéméride. Plus de mille œuvres à ce jour, dans une battue poursuivie jusqu’à l’épuisement. Le messager devient le message et le peintre la peinture. Qui conduit l’autre dans cette course, quelle délibération ou quel enivrement ? Point de recherche de modèles ni de protecteurs ; point de cercle ou de cénacle. Zurstrassen travaille seul, n’ayant ni le goût de s’absenter en quête de quelque aloi ni celui de sociabilités inutiles et énervantes. Définitivement, « Trop parler, c’est galvauder. » Dès le début, la musique accompagne l’œuvre et la nourrit. Source abstraite qui n’appelle pas de récit et nous fait découvrir des émotions retenues, elle irrigue et hybride le pictural comme un pollen venu d’une plante voisine. En 1913, Apollinaire avait pressenti son rôle moderne : « On s’achemine vers un art entièrement nouveau qui sera à la peinture, telle qu’on l’avait envisagée jusqu’ici, ce que la musique est à la littérature . » Schoenberg qui sut à la fois être musicien et peintre écrivait à son ami Kandinsky « Il est clair que les gestes, les couleurs et les lumières ont été traités ici pareillement à des sons : qu’avec eux de la musique a été faite. » Chez Zurstrassen, de la peinture a été faite, riche d’offrandes musicales. On peut recenser dans le vocabulaire de la musique les termes trouvant une correspondance dans la peinture : timbre, tempo, tonalité, couleur, réverbération, phrasé, forme, mouvement.

François Barré — extrait du livre présenté

20:42 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans exposition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

17.08.2011

beata szparagowska

salon_beata_aff_aug11_lr.jpg

La maison de mon enfance, presque oubliée, éloignée de mille kilomètres, restera à jamais un mystère pour moi. La maison d’où l’on part et que l’on ne quitte jamais. Qui revient sous les paupières une seconde avant de s’endormir. Que l’on emmène partout où l’on va. Comme une lourde valise et comme un petit caillou porte-bonheur retrouvé au fond d’un tiroir un jour de pluie. Lui tourner le dos et se sentir soudainement abandonnée. La maison qui remplit le monde entier, petite comme un poing, comme un château de sable. Les chemins de retour tels des cercles sur la surface de l’eau, la langue depuis déjà longtemps sonne étrangère mais toujours la même douceur de l’herbe fraîchement coupée et la même coccinelle qui se balade tranquillement sur ma main.
La maison sur la colline, les guerres de l’enfance, le lac endormi à l’aube. Les sentiments ne portent pas encore de noms, le monde dure depuis à peine quelques minutes. Je ne vois que les nuages à l’horizon et les tiges mouillées de coquelicots dans mon poing trop serré.
Le soir, je reste allongée dans mon lit en écoutant le tic-tac de l’horloge. La tête tournée vers le mur, les yeux ouverts. Le papier peint de cette maison absente, j’en connais chaque courbe, chaque arabesque. Avant de m’endormir, j’arrache avec précision un bout de papier peint du mur. Morceau après morceau. Et je le mange. La maison, je la mange, morceau après morceau.
Comment photographier ce qui n’existe plus ? Comment montrer la mémoire ? Mes souvenirs sont incertains, douteux. Une mémoire qui est sûre de la couleur des murs mais pas du visage des personnes, qui se souvient d’un arbre mais plus du jardin.
Il n’y a pas d’enfance retrouvée. Il n’y a que des enfances fabriquées, quelques morceaux de souvenirs recollés, recousus bien ou mal, la couture toujours bien visible, maladroite.
Des boîtes remplies de photos muettes. Je ne sais qu’en faire. Comment les obliger à parler ? En quelle langue ? Comment les interroger ? Les découper, tordre, plier, déchirer, étirer, leur arracher des fragments, les mettre sous la loupe, les torturer pour qu‘elles parlent.
Elles restent muettes. Inaccessibles. Elles ne se trahissent pas.
Ces photos, parfois ratées, floues, mal cadrées restent parfaitement fermées, autosuffisantes, elles n’existent que pour elles-mêmes et sans aucune raison.
Il est impossible d’en extraire quoi que ce soit. Silence.
Il ne reste que des contours, quelques lignes, un geste. Une odeur.

beata szparagowska

17:26 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans exposition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

09.06.2011

Vladimir Velickovic en rouge et noir

Article de Danièle GILLEMON dans Le Soir

19:09 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

13.05.2011

Vladimir Velickovic

salon_velickovic_litho_A.jpgsalon_velickovic_litho_B.jpg

13:12 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans edition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Vladimir Velickovic

 

salon_velickovic_aff_mai11.jpg

La blessure est ouverte et par elle, par sa bouche béante, s’écoulent infiniment les eaux des fleuves souterrains qui remontent depuis l’Erèbe et peignent l’obscurité du monde, terre dévastée, arbres calcinés que le printemps n’atteindra plus, bêtes errantes qui ont peur et fuient à toutes jambes, à tire d’aile, et se retournent aussi, l’œil féroce, pour guetter ce qui vivrait encore, et se tiennent crocs en avant, bec acéré, bêtes prêtes à déchirer toute chair abandonnée sur le sol, dans les cendres poreuses qui bouchent l’horizon où brasillent quelques feux épars ; et parfois les bêtes surgissent au milieu du vide, arpentant la désolation, courant à travers la blancheur qu’elles griffent de leur noir d’encre, y laissant des taches, des traces rouges, avant d’être soudain mises au pilori elles aussi, avec les hommes désarmés, les hommes écorchés, bouleversés, qui luttent contre l’espace où ils sont enfermés et tentent de marcher encore et d’ouvrir les limites de la feuille, là, en plein milieu, plein silence, au centre du cri nu que crache la bouche de la blessure d’où ils sont apparus ; et la plaie inépuisable déverse encore à longs traits les tortures, tourments et supplices, et le cortège mortifère des instruments pointus qui dépècent, écartèlent, éviscèrent et lacèrent les chairs dolentes, corps humiliés dans la macération, têtes coupées roulant au loin, et membres désossés, ailes déchirées, tripes et boyaux dévidés en fleuves de sang, cœurs ouverts, dents arrachées, morceaux brisés de ce qui fut chaleur vibrante et se répand depuis le fond du gouffre, se répand sur la terre, parmi les pierres et les objets coupants qui fouillent encore, phalles arrogants et vulves blessées, fouillent dans la bouche ouverte, la bouche intarissable, pour mieux faire entendre les chants de peur, les chants de la mort infligée par cruauté, par ignorance ou par nécessité, et toujours et encore et sans fin recommencée, dans l’attente qu’un jour l’homme cesse de faire la guerre à l’homme et panse enfin sa blessure suintante.
Odile Massé, avril 2011

13:06 Écrit par Jean Marchetti, Le Salon d dans exposition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |