16/05/2009

albert pepermans

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Selon Freud, la répétition se situe du côté de l’instinct de mort. Mais elle peut relever aussi de l’écholalie, qui peut tenir du perfectionnement spirituel. Annuler le temps, l’impatience, la vaine agitation, tel est encore son rôle. Et procurer du plaisir. Il semble que les images produites par Albert Pepermans relèvent à la fois ou tour à tour de toutes ces options. Il produit toujours de la répétition, décalée le plus souvent, mais n’intègre jamais le système de la sérialité. Et pour cause: son œuvre n’a rien de mécanique, elle garde la trace de la main, de l’humain, de la matière travaillée. Tout est donc mouvement, ici: de l’ombre à la lumière, de la caricature à l’abstraction, de la pesanteur à la légèreté, de l’anecdote à la méditation. Certes, l’esprit de la chose dérive du pop américain mais à la manière flamande: on pense à un Érasme devant le juke-box Würlitzer, à un Permeke visitant le jeune Warhol. Qu’ils évoquent l’Arizona ou l’Allemagne de l’Est, les paysages sont en fait des tranches d’espace mental. Quant aux portraits, ce sont autant de drames secrets. L’histoire personnelle de l’artiste n’est pas loin derrière. Elle est métaphorisée par une peinture qui est appréhendée comme une catégorie de l’existence, un mode de participation à la vie du monde. Bien sûr, la référence aux comics (de l’usage paradoxal du phylactère aux variations sur le couple heureux Mickey et Minnie) n’est pas un effet de mode. Il s’agit d’une réflexion sur la tradition du mot dans la peinture qui s’approfondit d’ailleurs avec l’emploi d’une orthographie phonétique («Akwarel») à la Raymond Queneau (on n’oubliera pas de sitôt l’hapax inaugural de Zazie dans le métro, «Doukipudonktan», ni la fameuse pentasyllabe monophasée «Skeutadittaleur»). Le poète a privilégié l’oralité parce qu’elle se manifeste au plus près du corps, de la matière. Et justement, la matière, Albert Pepermans n’a cessé de la rechercher, de l’accompagner: lisse, rugueuse, griffée – dans tous ses états possibles.

Daniel Fano