16/01/2013

Anne Desobry dans Le Soir

Ancienne étudiante de Camille De Taeye, Anne Desobry a fait des débuts discrets. On se souvient de figures isolées, sobres, pétries dans la matière. De têtes, parfois à toute petite échelle, exhalant solitude et vulnérabilité. Portée par le désir de peindre la matérialité du corps comme il est, de la ciseler dans le silence, sa peinture dégage une énergie brute et dérangeante. La figuration ramassée des corps et des visages, la concentration de couleurs charnelles et l'économie des moyens apparaissent comme la condition d'une expressivité maximum. Et la franchise du traitement les donne à lire à livre ouvert, en de puissants raccourcis. 

Mais l'oeuvre a bien évolué, plus lisse, plus ouverte, plus complexe. Le champ de la peinture s'est peuplé de formes réelles et d'autres, plus énigmatiques. Rêves et cauchemars construisent le jour chez Desobry dans la neutralité sourde du décor mise en tension par la matérialité de figures tendues, de chair et de sang. Elles s'inversent, se répliquent, figées dans leur mouvement, tissant avec le paysage de campagne vaguement industrialisée, un rapport métaphysique ou onirique. Quelquefois, de petits paysages de forêts aux troncs nus suffisent à planter le décor de cette solitude. Les ciels sont roses et gris, les prés brumeux, les frondaisons, sombres, couleurs sourdes parfois rompues d'un blanc qui gagne la toile et se peuple de songes. L'atmosphère est inquiétante. Un personnage d'homme surgit dans un champ tourmenté sous un ciel menaçant. Ailleurs des étendues liquides de lumière débordent l'ordonnance du tableau. Deux espaces "in" et "off" coexistent de sorte que la scène globale devient la caisse de résonance d'une recherche erratique du sens. 

DANIÈLE GILLEMON
 
 
Le Soir, édition du 16/01/2013 (Lien vers l'article)

07/01/2013

Anne Desobry

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Dans les rêves ou dans les cauchemars, les signes, les emblèmes se cognent au non-dit.

Des images du monde s’imposent dans les errances de la pensée, se superposant aux sensations floues. 

Sur l’espace de la toile les formes cherchent leur mode d’apparition ; l’incertitude du départ propose un terrain flottant, d’où émergeront les images nourries du temps de l’introspection. Des allers retours entre passé et présent, entre lieux réels et imaginaires. Entre mélancolie et violence, les tensions de la rêverie se cristallisent dans le tableau. 

Regarder longuement : de l’image à la peinture et de la peinture à l’image (et dans l’image, ce qui n’est pas montré ; le sens). Mais entrer dans la peinture, dans son système, dans les couches, les couleurs. Laisser la peinture se charger des strates énigmatiques de la pensée.

Ce qui advient dans les tableaux : de la brutalité, des interdits, du silence. Des lieux banals, mais empreints de ce qui a pu s’y passer. Des gestes sans objet. Des chemins. Des fragments. Des hommes esseulés. Des paysages et des reflets.

Peindre construit ma relation au monde. 

A.D.

27/03/2008

anne desobry

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présente
un ordre instable

  desobry

  anne desobry
dessins & estampes

du 14 janvier au 1er mars 2008
vernissage le lundi 14 janvier à 19 heures
présentation de «demeure de mélancolie», de bernadette engel-roux,
illustrations de anne desobry, éditions la pierre d’alun
 
Vous m’imposez un langage. Me l’enseignez. Je me soumets à ces signes, ils me servent à vous dire. J’y transcris vos passages, vos figures, vos feintes. Mon défaut s’y inscrit. Je recompose un ordre où d’autres liraient le monde. Et se reconnaîtraient. Moi défiguré.
Un ordre instable. Je cherche le point parfait où s’équilibreraient la présence et l’absence, la plénitude et le manque, mon désir et ma peur, la clarté et la nuit. L’aube est effrayante. J’y suspends ma dépouille.
Un peu d’encre sur ma page. Une empreinte, susceptible de multiplications et de métamorphoses. D’effacements, et de mutilations. C’est ainsi que tout commence. S’achève dans le même temps. Dans le temps bouleversé. J’écris ma pauvreté.
On croit un commencement à tout. Premier signe sur ma page. Puis d’autres, en mots conjoints et rythmes nécessaires. Sans doute étais-je disposé à vous reconnaître, vous recevoir, vous obéir. Je me disposais, à mon insu, à votre impératif. Le poète est une disposition à.
 
Bernadette Engel-Roux
extrait de «Demeure de mélancolie»