18/11/2007

pierre alechinsky

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présente
reliefs d’industrie et autres saillies

  boussu7alechinsky

  alechinsky
travaux récents

du 19 novembre au 29 décembre 2007
vernissage le lundi 19 novembre à 19 heures

parution de « insolations de nuit »
et de « deux lettres avec vue sur chaos »,
textes de marcel moreau, illustrations d’alechinsky,
aux éditions la pierre d’alun

fermeture du 30 décembre au 12 janvier 2008

J’y suis né, à Boussu, au sortir de deux ventres: l’un minier, l’autre maternel, d’entrailles comparables, également fortes en ténèbres, les deux ne se séparant que sur le problème des noms à donner aux puissances utérines. [...]
Pierre me met sous les yeux une luxuriance de sensations fortes, éprouvées dans le désordre et la nuit, à l’âge où je me cherchais désespérément des issues sans Dieu dans le sexe féminin et la lecture des maudits. Tout y est, dans cette peinture d’une histoire mienne, inaugurale sans doute et pourtant longtemps perçue par moi comme gâchis: le sang, les paroxysmes, le romanesque, l’envisagement d’un absolu, la fréquentation des abîmes. Tout y est, avec ce quelque chose de plus que lui ajoute l’artiste: une effervescence chromatique de derrière les fagots. Jusqu’ici, je n’avais pas fait grand cas de cette période, elle me semblait impénétrable, faute d’éclaircies convertibles en illuminations. Je ne laisserais dire à personne que j’eus une adolescence heureuse, en tout cas digne d’un inventaire. J’avais fini par la considérer comme impropre à la consommation des remembrances, de celles dont on attend le retour de quelque saveur perdue, restée vaille que vaille juvénile, ou de quelque féerie oubliée, abolie par une maturité précoce, plus à l’aise dans la tragédie à l’antique que dans la statistique des émerveillements puérils. Grâce à Pierre, je peux enfin me pencher sur mes racines, sans pour autant en faire un dogme, une ossature ou un sacré. Mes racines ne seront jamais, pour mon écriture en trépidation, une raison de s’en sédentariser. Il est trop tard pour ça, mon écriture obéit à une traction qui les arrache au sol et les change en remous élévatoires et textuels, multipliant ainsi les lieux de ma naissance à l’incroyable immensité des «espaces du dedans», qu’une certaine civilisation de la déshérence abandonne sans vergogne à l’empire des nombres, et au désœuvrement des démons de l’être, au profit des robots de l’avoir.
Aujourd’hui, je vous présente une peinture extraordinaire, dont le modèle est une plaque tournante, jadis (1904) vissée sur une portière de locomotive, et désormais rendue à la plus grande liberté, qui est de vaincre la pesanteur par la rotation et son avatar indépassable, la danse du fond et de la forme pour prix d’une vérité qui ne soit pas un dépôt, mais avant tout un spasme au départ d’un échevellement, ou une désarticulation touchée par la grâce. Je dis qu’elle est tournante cette plaque, démangée de rythme, puisque sous quelque courbe qu’elle m’apparaisse, je ne me lasse pas d’y voir la capitale en quelque sorte centrifuge de mes débordements, et la poigne d’un ami passé maître dans l’art de transcender d’un bond ou d’une torsion la matière lymphatique des contreforts du visible. Pour tout cela, je te remercie diablement, Pierre.   

Marcel Moreau

08/11/2007

pat andrea

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présente
la botanique

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  pat andrea
dessins & estampes

du 8 octobre au 17 novembre 2007
vernissage le lundi 15 octobre à 19 heures
présentation de
«alice au pays des merveilles/ De l’autre côté du miroir»,
illustré par pat andrea aux éditions diane de selliers
fermeture exceptionnelle les 2 et 3 novembre

On sait que Lewis Carroll a mis lui-même en images le manuscrit original d’Alice au pays des merveilles pour l’offrir à son égérie Alice Liddell. On sait aussi qu’il a été trahi par ses illustrateurs qui ont daté, socialisé, dédramatisé son œuvre, lui ont enlevé jusqu’au dernier gramme d’étrangeté, de subversion. Pat Andrea fait exception. Et pour cause. Il n’a pas attendu de traiter le diptyque Alice pour inscrire son art singulier dans la logique de Lewis Carroll dont les dessins ne cherchaient rien d’autre qu’une représentation radicale de l’imaginaire et du nonsense à travers le vertige, le déséquilibre, le vacillement général. Comme chez Carroll, point ici de décor, de perspective, de profondeur. Point non plus de compromis avec le pittoresque, la psychologie et l’anecdote. Par contre, il y a intensification des signes de l’inversion, de l’ambivalence, de l’ambiguïté, du paradoxe et du temps aboli. Surtout, il y a confrontation manifeste entre l’espace du dedans et l’espace du dehors. L’apparence réaliste du végétal renforce le caractère fantomatique de la figure humaine, laquelle relève essentiellement du songe. L’un et l’autre sont posés sur des plans différents qui se cognent, se juxtaposent en partie : mondes intercalaires, peut-être. Comme chez Carroll, les plantes sont douées de la parole mais sur une fréquence qui précipite dans un silence abyssal. D’où l’effroi, l’incertitude qui marque les visages. D’où les phylactères vides qui pourraient signifier aussi la surdité du spectateur, sa difficulté à saisir la dimension sonore de la chose dessinée ou peinte, à distinguer l’évidence de l’énigme.


Daniel Fano