03/03/2009

camille de taeye

de_taeye_affiche_09
Ce n’est pas un autre monde que le nôtre. C’est son monde que Camille De Taeye peint à l’acrylique et allie au crayon dont il taille l’écorce de bois, fond et cuit l’épine anthracite. C’est du crassier des mines que saillent les montagnes où s’accote le fond de ses toiles, les squelettes, les ondes déferlantes, la moire de la plage, la veste de cuir sombre, tout ce qui n’est pas coloré dans ses tableaux. Et que ponctue l’éclat du blanc à l’instar du cygne immaculé, du lys et des nénuphars sous le ciel bleu dont ne subsiste qu’un petit coin pommelé de nuages laiteux. Alliance du jour et de la nuit, du présent et du passé, des cauchemars et de l’éveil, des songes diurnes et des ombres portées. Les couleurs ont leurs fantômes, leurs âmes errantes. Récurrence inaltérable du vert. Asperges, poireaux, choux-fleurs. Sur le gazon du billard roule la boule en ivoire, aussi ronde que la pomme verte, croquante et juteuse, qui symbolise à la fois le péché et la vie comme l’œuf représente l’innocence (perdue). La peinture pour Camille De Taeye est une création de la conscience, liée à l’invention de la mémoire et non à l’endormissement des sens. Corps marmoréen de Vénus décapitée. Rasoir, scie, ciseau à bords crantés servant à cisailler des bords nets comme les lisières d’une blessure. Camille De Taeye ne décrit pas ses rêves, il les visualise picturalement et concrétise par l’éveil la vision qu’il en a. Sortie de la poche du diable, une immense faux noire et lisse, aussi aveugle qu’une tornade, transperce les nuées. Une hache frappe un dos. Une silhouette minuscule s’éboule dans une crevasse. Le théâtre du monde est décidément sans rappels. Camille De Taeye, le flamboyant foudroyé, met sa vie dans sa peinture. Épopée cruelle, odyssée des objets, poésie de l’irréel, voyage dans l’inexorable. À mesure que les désastres se succèdent, l’œuvre magnifique s’accomplit. Irréversible. Camille De Taeye éternise ses vertiges intimes. Il allège l’effroi des choses, fait éclore en surface le remuement des profondeurs qu’éclairent des ombres internes. Camille De Taeye exhale le chaos et vante son harmonie. Camille De Taeye conçoit un monde qui existe dans une dimension et nous transporte dans une autre. Au-delà du rêve, de la logique, de la pesanteur, de la gravité, de la douleur et du sourire.

Patrick Roegiers, Saint-Maur, 12 janvier 2009

camille de taeye - catalogue

Catalogue de 88 pages publié par La Pierre d’Alun
à l'occasion des expositions de Camille De Taeye
au Salon d’Art et au Botanique

De-Taeye_cat_cov_apr09

denis pouppeville - presse

pouppeville_article_23jan

La Libre Belgique, 23 janvier 2009

denis pouppeville

pouppeville_aff_09

Le bestiaire anthropomorphe de Denis Pouppeville nous accueille en quelques secondes avec toute la force de l’imaginaire qui auréole sa perception du monde. La sagacité de l’artiste coïncide avec la richesse et la diversité de ses maniements chromatiques, d’une grande délicatesse. Il travaille à l’encre, à l’huile, à l’aquarelle, orchestrant chaque création de tous les matériaux qui épousent le support, en y réfléchissant une lumière souvent crépusculaire. Ses opacités colorées animent le motif d’encre noire qu’il trace avec virtuosité.
Ce que ses œuvres nous offrent, au premier abord, est l’inestimable, précieuse et rare sensation d’émerveillement, le sentiment d’une invitation dans aucun autre récit connu, composé comme des Chroniques imaginaires de gens ordinaires. Là, se déjouent peut-être les interrogations nées de son dialogue permanent avec le monde, mêlé de fantasmes et de souvenirs d’enfance.
Un souvenir d’enfance est une image qui combine le réel avec sa correspondance dans l’imaginaire et restitue une atmosphère, émotion qui parcourra ensuite le reste de nos vies.
Chacun de ses personnages chimériques correspond à une vie. Chimériques? Ils en ont l’apparence: visages à bec d’oiseau, têtes de poissons, animaux anthropomorphes arborant fièrement un haut-de-forme, clopant, buvant et partageant avec les hommes leurs futilités. N’est-il pas envisageable, après tout, qu’un poisson mène la danse, pour qui célèbre le triomphe du coeur et de l’esprit? Que ce même poisson repose plus loin, l’air de rien, sur une tête qui le promène dans ces espaces où une architecture brinquebalante stigmatise l’incessant renouvellement de tout ?

Extrait
Charlotte Waligora

jean rustin

rustin_affiche_08

Les remugles d’un peintre averti.
Lorsque, début des années septante, Jean Rustin quitte une peinture abstraite de bon goût pour se retrouver dans la solitude d’une figuration récurrente d’images oubliées, il invente le tableau spectateur.
En effet, des enfants-adultes sont dégorgés avec simplicité et même tendresse.
Le sujet émerge dans la grisaille avec une structure simple, close, offrant si peu d’ouverture vers l’extérieur.
De tableaux en dessins, il nous livre
des yeux fixes, des bouches maculées, de petites blessures, des narines creuses et porcines, des tétons liquides et des vagins exponentiels.
Ils ont besoin de se tâter le visage,
le ventre, le sexe, les bras.
S’il n’a pas d’intention précise, il laisse remonter une expérience inscrite, refoulée et existentielle.
Cela s’appelle une peinture incarnée. 

camille de taeye, septembre 2008

Alain geronneZ

Geronnez_sep_08_aff

Il y avait, rue de Savoie, un coiffeur, Jean je crois. Coiffeur-terreur: il voulait toujours couper plus court que désiré. Pour couper court à la discussion, on annonçait d’emblée: «pas trop court s’il vous plaît», mais il disait que ce n’était pas la peine de venir pour couper si peu. Et il tentait de couper trop, de ne pas laisser la moindre de nos jolies boucles aimées de maman.
C’était l’époque des cheveux en brosse, la vie se voyait en blouson noir plutôt qu’en rose. Mais pourquoi un vieux coiffeur de quartier voulait-il couper si court? Pour être à la mode?
Récit fondateur: ce fut le début de relations difficiles. Quinze ans plus tard, il ne serait plus question de toucher à mes cheveux, même quand papa montait sur ses grands chevaux.
J’ai toujours su que je voulais être artiste mais, que voulez-vous, je ne savais pas grand chose de l’art. Il me fallait encore découvrir le joyeux cubiste traçant au peigne un sillon dans l’huile brune ou, plus grave, le «que je peigne» de Duchamp.
Je découvrais ensemble le champ de l’art et de la coiffure, muni d’un appareil photo désormais (chez moi, l’appareil photo fait partie du tas de vêtements à côté du lit, je le passe naturellement autour du cou comme d’autres nouent une cravate ou nœud pap’). La surprise était grande de tomber sur des vitrines de coiffeurs annonçant «art et coiffure», car je n’avais jamais pensé les deux termes ensemble. Aujourd’hui, je dois constater que ce genre de photos se trouve dans mes collections. Je préférais voir les salons de coiffure dans la rue, être de l’autre côté de la caméra: je n’étais pas le genre salonnard.
Le jour où ma petite amie a suggéré avec insistance que je devrais passer par un coiffeur, je suis tombé avec soulagement sur «Le Salon d’Art» de Jean Marchetti, après avoir connu quelques moments difficiles. Je me souviens d’un coiffeur au tempérament de feu qui maniait le rasoir à grands gestes sur fond de Zappa – je suis surpris d’avoir encore toute ma tête... tiens, mon dentiste fraise sur du Schönberg: ce n’est pas que je n’aime pas le dodécaphonisme non plus, mais il y a des moments où l’on préfère le calme à la tempête. Ouf, je pourrai entrer au Salon d’Art sous prétexte d’aller voir les œuvres, et incidemment être coiffé, en douce... laisser faire l’homme de l’art à sa guise: je me suis assagi.
Vous savez l’essentiel à présent: je tente de nouer les non-sens, de retrouver d’anciennes photos, d’en faire de nouvelles qui seront anciennes sitôt prises, et de les joindre à mes souvenirs d’œuvres marquantes: j’utilise la citation comme une partie nécessaire de mon travail de «reporter des chiens écrasés de l’art», espérant mettre les super-rieurs de mon côté.   

Alain géronneZ 06.2008