09/01/2011

jean de la fontaine

 

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Dans la pratique du vaudou haïtien, les drapeaux — chacun représentant un esprit — sont promenés pendant les grandes occasions pour afficher leur présence et leur puissance, sinon ils restent cachés. Pourtant, depuis quelques décennies, beaucoup de drapeaux étincelants de paillettes brillantes de mille feux, telles les écailles de quelque poisson fantastique, ont été produits pour être vendus directement sur le marché de l’art.
Ceux-ci, comme les autres, représentent des esprits du panthéon vaudou, appelés lwa... même s’ils ne sont pas consacrés.
Et pourtant, nonobstant le but poursuivi par l’artiste, la qualité sacrée de l’œuvre — ou plus simplement sa puissance spirituelle — réside dans l’assimilation de cette œuvre à sa nature profonde, qu’elle soit primitive ou moderne, qu’elle émane du premier monde ou du tiers monde.
C’est ainsi que l’œuvre atteindra et exprimera sa qualité essentielle la plus profonde.
Du point de vue psychologique, les esprits du vaudou haïtien sortent de l’inconscient collectif, cette vaste région de rêve. Dans cette série d’images, Jean de la Fontaine prend, en les refaisant un peu selon son gré, les techniques traditionelles du drapeau vaudou pour donner chair ou plutôt, une scintillante visibilité à un cauchemar: une histoire d’entrailles qui s’échappent de l’homme, comme mues par une volonté indépendante, laissant un corps abandonné, étonné, choqué, éventré.
Négocier le retour de ce que l’on conçoit comme définitivement vital — ses propres tripes — devient un problème complexe, grotesque, fascinant.
Haïti, un pays que l’artiste connaît bien, a toujours faim. Là-bas, le mot zantray, comme on dit en créole, désigne souvent une image de la culture, de l’histoire et de l’esprit d’Haïti, dans ses racines les plus profondes.

Madison Smartt Bell, octobre 2010 (Traduction de l’anglais)

 

In certain public ceremonies of Haitian Vodou, flags representing the various spirits of the pantheon are paraded through the community, to display their presence and their power. Otherwise they remain hidden in the temples—except that, for the last several decades, a good many similarly-made flags (with their brilliant colors rendered in sequins, like the glittering scales of some fantastic fish) have been produced to be directly sold into the art market. These flags, like the others, usually represent the spirits, called lwa, of the Vodou pantheon, even though they do not have the sacred aura of having been used in the practice of the religion.
Still, the sacred quality, or more simply the spiritual power of a work of art, no matter its purpose as conceived by the artist, resides in its integration with its own spirit, whatever that may be, whether that spirit is “primitive” or modern, if it springs from the First World or the Third. Thus the work of art achieves and expresses its innermost essential quality.
Analyzed from the point of view of depth psychology, the spirits of Haitian Vodou spring from the collective unconscious: that vast territory of dream.
In this group of images, Jean de la Fontaine has taken traditional techniques of Vodou flags (while making them over here and there, for his own purposes) and used them to give flesh—or rather, a scintillating visibility—to a nightmare: a story of the entrails running away, as if possessed of their own free will, leaving the body and being behind, astonished, shocked, quite simply disemboweled: the emptied flesh and bone of a man.  Negotiating the return of what one considers one’s very own vitals becomes a complex, grotesque, and fascinating problem.
Haiti, a country this artist knows very well, is always hungry. Over there zantray, as it’s said in Kreyol, are often used as an image of the culture, the history, and the spirit of Haiti, down to its deepest, gnarliest roots.

Madison Smartt Bell October 2010

 

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