21/03/2011

olivier o. olivier

 

olivier-aff-mar11_lr.jpg

En pleine lumière l’oiseau de nuit ouvre ses ailes, grandes ailes sous lesquelles il transporte les rêves — et je vois qu’ils sont tous là, hommes et bêtes, et nature en furie, toutes races confondues dansant sur la mort, je vois des hommes malhabiles chercher leur place dans ce monde mouvant, chercher à maintenir des activités humaines au milieu du désastre, et partout, où que je pose mon regard, balbutier, tâtonner dans les commencements du monde, inventer la cueillette et la chasse et même la pêche, jouer à des jeux d’enfants avec une gravité dangereuse comme si leur vie en dépendait, puisque la vie des rêves dépend de la gravité des jeux, et je les vois tenter d’imposer au monde leurs lois, celles qu’ils inventent à mesure que les rêves avancent, et s’acharner aussi à dompter leur corps, dompter les bêtes qui le leur rendent bien, et l’amour de la musique, les rituels tant codifiés, je les vois se débattre dans le désordre des rêves qui tissent le lent avènement de la conscience; et voici qu’encore et de nouveau les petits hommes inventent de nouvelles manières d’appréhender le monde, les voici courant à quatre pattes parmi les arbres, parmi les bêtes qui toujours échappent et se reproduisent et guettent le désir insatiable des hommes pour les piéger, les plagier et de leurre en leurre les mener en bateau, vers les pôles inexplorés d’où l’on ne revient jamais semblable, car rien ici n’est jamais semblable et pourtant toujours ressemble, je les vois s’efforcer d’ignorer les tremblements du monde afin de rester en vie, ou se donner à croire qu’ils sont en vie, que tout va bien, et tout ne va pas si mal car parfois les flots leur obéissent, ou les vents, ou même les animaux; et les petits hommes se croient tout-puissants maintenant, ils pensent qu’ils ont conquis le monde, ils applaudissent et se congratulent; mais il arrive aussi que les choses se révoltent et que le monde vacille, il arrive que la terre chavire et se retourne, — et on est là, ils sont tous là, désespérément maladroits, courant de rêve en rêve entre les plumes de l’oiseau de nuit, ne sachant que faire de leur humanité sinon en rire, car il faudrait alors pleurer sur l’inépuisable naïveté de cette humanité qui cherche toujours, et encore et encore, à domestiquer le monde sans comprendre que la réalité n’est plus, depuis longtemps déjà, la réalité.

Odile Massé­

 

Les commentaires sont fermés.