17/08/2011

beata szparagowska

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La maison de mon enfance, presque oubliée, éloignée de mille kilomètres, restera à jamais un mystère pour moi. La maison d’où l’on part et que l’on ne quitte jamais. Qui revient sous les paupières une seconde avant de s’endormir. Que l’on emmène partout où l’on va. Comme une lourde valise et comme un petit caillou porte-bonheur retrouvé au fond d’un tiroir un jour de pluie. Lui tourner le dos et se sentir soudainement abandonnée. La maison qui remplit le monde entier, petite comme un poing, comme un château de sable. Les chemins de retour tels des cercles sur la surface de l’eau, la langue depuis déjà longtemps sonne étrangère mais toujours la même douceur de l’herbe fraîchement coupée et la même coccinelle qui se balade tranquillement sur ma main.
La maison sur la colline, les guerres de l’enfance, le lac endormi à l’aube. Les sentiments ne portent pas encore de noms, le monde dure depuis à peine quelques minutes. Je ne vois que les nuages à l’horizon et les tiges mouillées de coquelicots dans mon poing trop serré.
Le soir, je reste allongée dans mon lit en écoutant le tic-tac de l’horloge. La tête tournée vers le mur, les yeux ouverts. Le papier peint de cette maison absente, j’en connais chaque courbe, chaque arabesque. Avant de m’endormir, j’arrache avec précision un bout de papier peint du mur. Morceau après morceau. Et je le mange. La maison, je la mange, morceau après morceau.
Comment photographier ce qui n’existe plus ? Comment montrer la mémoire ? Mes souvenirs sont incertains, douteux. Une mémoire qui est sûre de la couleur des murs mais pas du visage des personnes, qui se souvient d’un arbre mais plus du jardin.
Il n’y a pas d’enfance retrouvée. Il n’y a que des enfances fabriquées, quelques morceaux de souvenirs recollés, recousus bien ou mal, la couture toujours bien visible, maladroite.
Des boîtes remplies de photos muettes. Je ne sais qu’en faire. Comment les obliger à parler ? En quelle langue ? Comment les interroger ? Les découper, tordre, plier, déchirer, étirer, leur arracher des fragments, les mettre sous la loupe, les torturer pour qu‘elles parlent.
Elles restent muettes. Inaccessibles. Elles ne se trahissent pas.
Ces photos, parfois ratées, floues, mal cadrées restent parfaitement fermées, autosuffisantes, elles n’existent que pour elles-mêmes et sans aucune raison.
Il est impossible d’en extraire quoi que ce soit. Silence.
Il ne reste que des contours, quelques lignes, un geste. Une odeur.

beata szparagowska