11/05/2013

thierry mortiaux

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Est-ce désuet de savoir dessiner et peindre, d’exploiter un medium classique qui laisse une trace durable, de faire vivre tout un monde inventé de toutes pièces ? L’imagerie contemporaine se suffit de photos ready made imprimées au laser, dont la persistance minime répond à une logique consumériste certes encore triomphante – jusqu’à quand ? Vrai que l’œuvre de Thierry Mortiaux relève des arts de l’individuation plutôt que de ceux, aujourd’hui encensés, dits « relationnels ».

Mortiaux grave le soir dans un atelier collectif. Il pose directement le vernis sur le métal, sans autre projet que l’imaginaire d’une journée consacrée à l’enseignement des langues. En trois heures tout est fait, quelques épreuves imprimées, et quatre fois par semaine un nouveau sujet. Quelle maîtrise en sept ans seulement d’expérimentation de la gravure, depuis le simple trait sur fond vide de ses débuts jusqu’aux aux espaces variés, différents pour chaque image, qu’induisent désormais les rapports de valeurs, d’intensités, de textures et de grains accordés avec exactitude à chacun des élément constitutif de la composition.

Que dire de la profusion des techniques que Mortiaux met en œuvre pour servir la plongée dans son univers, qui creusent la profondeur et gonflent l’espace perceptif. D’aussi près qu’on les regarde ses gravures offrent à voir par le détail la comédie qui en fut le prétexte. Si nous prenons du recul l’image bondit du mur, chacune à sa façon, tant ses formes et ses mouvements s’ordonnent plus exactement encore dans la tension d’un espace singulier.

Car s’accomplit sans effort apparent, comme si c’était facile ou naturel, la tension ou l’espace-temps par lequel l’œuvre d’art s’impose à nos sens et nous installe en elle. L’humour en est bien réel mais d’une signification relative. Thierry Mortiaux vous a distrait par le jeu auquel il se livre, un jeu tel qu’à sa vue vous vous rassembliez pleinement dans votre intégrité.

Voilà l’enjeu de l’œuvre – en voici un maître.

Georges Meurant