10/05/2014

zurstrassen

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La peinture d’Yves Zurstrassen interroge sans relâche la question « Comment habiter la toile, comment libérer les potentialités de l’espace ? ». Dominées par la palette des noirs, des blancs, des orcres, des gris, les compositions rythmiques des grands formats de cette exposition donnent à voir l’alliance d’une gestuelle puissamment expressive et d’une construction formelle exultante. Dans les petits formats où explose la couleur, l’audace provient de la conjugaison du dynamisme tempétueux et de l’apaisement du chaos. Le heurt des formes ivres, soumises à la bifurcation des plans pousse le déséquilibre jusqu’à la conquête d’une harmonie. La construction d’un espace pulsé, dansant, a-centré passe par une mise en résonance entre des formes dégéométrisées et des motifs répétés sous forme de filigranes, de grilles perforées, produits par les techniques du pochoir et du décollage.

Explorant la texture de la mémoire, l’archéologie de l’histoire de l’art et de sa propre création, Yves Zurstrassen revitalise l’abstraction notamment par le processus du retrait de ses papiers enfouis dont il ne cesse de creuser les infinies possibilités. L’œil est happé par la complexité des compositions optico-musicales scandées par une rythmique qui donne à voir et entendre le relief du temps et de l’espace, leurs empreintes. L’énergie des traits agence la surface de la toile en la désorganisant. L’impact charnel de la matière est porté par la chorégraphie des figures qui déconstruisent l’espace donné pour en déplier la genèse, l’engendrement aléatoire. Sur les toiles vibrantes d’Yves Zurstrassen, des formes hétérogènes se côtoient, des fantômes de formes effacées, dissimulées sous les strates, sans cesse retravaillées, se superposent et s’additionnent.

Dans la série des petits tableaux, la violence des coups de brosse qui se phagocytent et empiètent sur le réseau de lignes libère un monde labyrinthique. Poussées aux limites de la discordance ses compositions ouvrent à une nouvelle concordance autant visuelle qu’organique.

Véronique Bergen, avril 2014

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