18/10/2014

Meurant

Meurant affiche

 

L’art visuel peut tout se permettre, même le concept, à condition de ne pas oublier les deux gestes qui l’ont fondé :  le contour et l’empreinte. Le premier délimite une forme ou un territoire au milieu de l’espace ; le second leur donne une matière, une présence, une lumière, bref un caractère. Ces deux gestes produisent les éléments à partir desquels le peintre va construire et développer un champ visuel aux dimensions de son support, traditionnellement un tableau. Pendant des siècles, les peintres ont moins conçu un tableau que la représentation qui en était le sujet, et sans doute n’a-t-on pas remarqué aussitôt que Manet puis Cézanne faisaient glisser le sujet vers ce qui le constitue, et qui est LA peinture. Dès lors,  et à leur suite, l’accent allait être mis, selon les peintres, sur le geste, sur le signe, sur la géométrie, sur la matière, sur la surface, et par conséquent sur tout ce qui fait la peinture et motive ses effets sur notre perception, notre intelligence, notre sensibilité. Il est probable que, depuis un siècle, tout a été essayé si bien qu’il n’est désormais rien de plus remarquable que l’obstination d’un peintre à explorer toutes les possibilités visuelles  que sa créativité renouvelle sans cesse. Ainsi de Georges Meurant dont les compositions, en apparence abstraitement géométriques, dissimulent une attention constante à tous les phénomènes que créent les accords de couleurs au fur et à mesure qu’ils se développent. On croit voir un assemblage de carrés, de rectangles, un tressage de formes simples, mais si les yeux s’arrêtent et regardent, ils sentent s’élever de cette mosaïque, un mouvement qui gagne en vivacité pour répondre à l’attention que vous lui donnez. Un peu plus tard, on prend conscience d’être engagé dans une relation silencieuse  intraduisible quitte à se dire que la surface, si parfaitement organisée, transpire une apparition faite de la synthèse de toutes ses couleurs. L’impression la plus forte est que l’ordonnance  géométrique du tableau, en jouant de ses diverses parties comme de touches sous le toucher des yeux, émet l’équivalent visuel d’un mouvement sonore infiniment nuancé. Un dépôt, à première vue invisible dans l’agencement des formes, s’est brusquement condensé sous l’effet de votre contemplation et il vous  révèle, un instant, l’empreinte vivante du peintre : elle qui, pour se manifester, exige que s’émeuve,  vers le fond de vos yeux, votre intériorité afin de s’y réaliser – ou pourquoi pas de s’y dédoubler...

Bernard Noël

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