19/12/2015

camille de taeye

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Surgies des brumes où le peintre s’est évanoui en 2013, ces grisailles parfois touchées de couleurs n’ont jamais été exposées. Feutrées et boréales, brutales et tendres, elles ont un peu valeur d’icône dans ce cheminement tendu entre la vie et la mort, montrant comment Camille naît à lui-même ces années-là en courtisant le vu et le vécu, le concret et l’improbable, le burlesque et le romanesque. Rapidement, il déploie sa stratégie d’alerte et de sauve qui peut dans le choc des contraires, l’imbroglio des symboles, l’incongruité des situations. Pas de commencement à proprement parler, de différence notoire en fonction des dates. Pas de musculation, autrement dit, de temps où, s’échauffant, le peintre planterait le futur. D’emblée, ce monde de volupté et de glace et ce langage sont le sien, mêlant aux matériaux du quotidien et de la nature les objets de désir et de menace. À la fin des années 70, les images sont fortes déjà en tension onirique et la grammaire plastique, chavirée. La géographie du sens dessus dessous et l’arsenal De Taeyens ou detaeyens ? sont en place. Squelette, nus, tête de Minnie, patin à glace, miche de pain et plaines lointaines, montagnes, torrents, forêts saignées en clairière... fantasment la représentation. Le désir est là, en embuscade et sans tabou. Une jambe, un rasoir, des crayons en carquois, un serpent, un escarpin se faufilent entre résurgences du passé et baisers de la mort, saluant ce monde abondant et prometteur qui ne perd rien pour attendre. Tôt aussi, le langage réconcilie peinture et dessin. Jamais l’un sans l’autre. Un dessin en virgule, dru, moucheté, presque cellulaire pénètre la toile mouillée, l’innerve, l’irrigue. Vaporeuse, la sensibilité picturale étire en nappe des lumières diffuses, suscite des éblouissements, égrène des camaïeux. Parfois, par le truchement d’un poisson rouge, d’un costume cravate et de couleurs acides, elle fait flamber la toile. Un poète de l’orage et de l’énergie est né, sans aucun doute.

Danièle Gillemon

17/10/2015

alexandre hollan

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« Le son est le premier mouvement de l’immobile. » 

L’arbre naît, vit et meurt à la même place. Jusqu’à n’en plus pouvoir il croît vers le haut ; mais sous le sol, prend aussi de l’amplitude suivant, c’est le cas du chêne, la taille du feuillage. Il paraît d’une forme plus ou moins régulière, alors que vu de près il abrite un sacré fouillis. Depuis toujours il voisine avec l’être humain et le monde animal, dans un curieux rapport d’indifférence et de générosité démesurée. Il ressemble à quelqu’un mais on le prend pour quelque chose, – et marque les esprits au point qu’on lui en attribue, de l’esprit. 

Le chêne préside. Son puissant impact visuel a suscité des rêveries à n’en pas finir. Qu’il suffise de nommer sa reine, Égérie, et voilà pour la poésie-littéraire.

Cette rêverie perd pied devant les chênes que dessine Alexandre Hollan, au profit d’une émotion plus substantielle. Voilà qu’on ne sait trop qui, de l’homme sur le motif (ou non) ou de l’arbre ausculté donne le ton, éclaircit le noir, charge le gris, jouit d’autres couleurs, ouvre l’espace et le ferme aussitôt pour imprégner le papier.

Il y a une paisible effronterie à un tel acharnement. Ça permet un néologisme : achênement. Avisons-nous, par ailleurs, que ce processus créatif, qui est un mode de vie, constitue un flagrant déni à ce qui fait l’air du temps.

Les « Vies silencieuses » donnent corps aux fruits et objets manufacturés par l’homme qui en use (en principe) à son gré, pour se faciliter l’existence. Leur charge symbolique peut être forte mais dans le cas présent leur attrait réside dans les assemblages formels qu’elles permettent. La tradition veut qu’on parle de natures mortes ici dites « Vies silencieuses », compositions dont sourd une force étrange car les frontières entre les timbres s’estompent, sans que le diffus ne devienne confus.

Le secret de la passion qui anime ces œuvres est un doute perpétuel, qui mène le crayon et le pinceau par le bout du nez.

 

Daniel Meyer

17/09/2015

christian carez, on en parle...

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Le Mad, Le Soir du 26 août 2015

 

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La Libre, Arts Libre du 4 au 10 septembre 2015

09/08/2015

christian carez

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Le calathea est une magnifique plante originaire d’Amérique du Sud qui fait le bonheur de nos maisons grâce à son grand pouvoir décoratif, c’est la touche tropicale de notre intérieur et il convient de la soigner quotidiennement par des vaporisations adéquates et une exposition entre ombre et lumière, sachant que dans la forêt elle pousse sous les grands arbres, lira-t-on dans les catalogues des jardineries modèles. Ces plantes, avouons-le sans détour, sont ici délaissées, plongées dans le noir, sans l’eau ni la brumisation recommandées, objets d’expériences – la maison, ce laboratoire domestique – par lesquelles un homme veille à les laisser presque mourir pour tester leur résilience. On peut imaginer que la colère est à l’origine de la chose, bien entendu elle l’est, l’état du monde filant vers le néant des plantes, des bêtes et des hommes, une colère sourde, intime autant qu’universelle car nourrie du souvenir d’autres êtres délaissés, poussés à la limite, torturés. Le calathea est le souffre-douleur de cet homme arraché aux forêts de l’imagination par la banalité du temps et sa barbarie aux confins. Calathea crocata, l’appellation latine qui désigne la couleur safran des fleurs rares, fugitives, fait penser à « croqué », broyé, et peut-être avons-nous affaire ici à une métaphore de l’écrasement qui menace les espèces, dont la nôtre. Sur un fond qu’on dirait mazouté, ces calatheas survivent avec une grâce poignante qui parfois prête à sourire, comme on sourit des femmes que leur âge, la fatigue, le manque de soins en effet, rendent légèrement grotesques et dont pourtant on constate qu’elles ont encore de beaux restes, qu’un peu de joie ou simplement d’attention pourrait réanimer. Les contemplant davantage, dans l’abandon requis par leur mélancolie foisonnante, on peut y distinguer d’autres visages. Ceux, flétris et tenaces, des rescapés des camps, des victimes de viols de guerre, des enfants mal grandis ou des vieux délaissés. Et cette attention au « petit reste »*, c’est celle du photographe qui, millimétrant sa distance, sculptant l’ombre et la lumière, détaillant chaque tige, feuille, pétiole, guide notre regard, par cette fiction pudique, vers la résistance.

Caroline Lamarche  

* expression qui, dans la Bible, désigne le peuple persécuté.

04/06/2015

baxter, on en parle

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Sam Steverlynck, Agenda #1477 du 5 au 11 juin 2015

22/05/2015

baxter, on en parle

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09/05/2015

glen baxter

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 On (pronom indéfini malhonnête) eut bien tort de croire que ces breneux bouviers de cow-boys étaient des êtres aussi frustes que malodorants, habiles au lasso certes, capables de mater un taureau écumant, de dompter un bronco hargneux ou de ficeler les pattes d’un veau affolé, mais  suffisamment bas de plafond pour que leur entendement s’avère à mille miles de l’accès à quelque illumination quelque peu transcendentale. On (pronom indéfini battant sa coulpe) le reconnaît avec humilité après en avoir appris davantage sur leurs goûts esthétiques, auxquels sont inextricablement liés des aversions tout autant injustifiées. On ne la leur fait pas aux gars de la prairie ! Ronald Reagan, qui joua jadis à l’être, lorsqu’il ne disputait pas la vedette avec un chimpanzé nommé Bonzo, n’a d’ailleurs pas craint d’affirmer qu’il n’y avait rien de meilleur pour un homme que d’être assis sur un cheval. S’il avait connu l’adresse avec laquelle l’un qui, debout sur la selle de sa monture, peut installer avec maestria aux cimaises des bichromies gigantesquement lourdes, et de sens et tout court, sans doute eût-il nuancé son propos. Et qu’aurait-il pensé, si seulement lui-même avait pu entraver quoi que ce soit à l’Art avec un grand A ou même à celui avec un petit, s’il avait vu un autre partager avec son fidèle canasson un goût immodéré pour les petits maîtres hollandais ? Non, les héros du Far West n’appréciaient pas seulement le whisky, le sirloin steak bleu ou les bagarres de saloon. Ils faisaient preuve d’un goût exquis, la preuve en étant qu’un gratin de tofu en guise de plat du jour avait le don de les agiter voire de les mécontenter à l’envi. À l’instar des tigres, ils ne manifestent guère d’intérêt pour le végétarisme, ce en quoi nous pouvons les comprendre.

À l’évidence, le Colonel Baxter n’ignore rien de tout cela, lui qui, à l’instar d’un boy-scout perspicace pourrait dégoter l’édition originale, au demeurant plutôt rare, d’Une histoire du crochet en Belgique (1827-1923) sournoisement dissimulée au sein d’une impressionnante collection d’ouvrages pornographiques. En sus, il s’est forgé au fil du temps une opinion toute personnelle sur le surréalisme, belge ou non, son caractère bien trempé l’incitant à la peaufiner sans cesse. Aussi, est-il infiniment regrettable que le vernissage de sa prochaine exposition dans la capitale risque fort d’être étrangement dépeuplé car l’Office national de Météorologie prédit pour ce jour-là la quasi disparition de Bruxelles sous un épais nuage de pellicules indésirables, rendant bien difficile l’accès au Salon d’Art. Mais comme on n’ignore pas que les horoscopes sont plus souvent exacts que les prévisions du temps, on fera mine de n’avoir rien entendu et nous nous y marcherons sans nul doute mutuellement sur les pieds en tentant désespérément d’apercevoir l’un ou l’autre de ses dessins décoiffants.

André Stas, R.