16/08/2014

szparagowska

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Il est une heure ou deux heures du matin. Il n’y a pas très longtemps que le soleil est passé sous la ligne d’horizon et bientôt il réapparaîtra. C’est la nuit, mais il ne fait pas noir. Tout est reflets de bleus. Tout baigne dans une pénombre dont la lumière n’est ni celle de la nuit précédente, ni de la suivante. Dans sa durée prolongée, dans sa lenteur, entre chien et loup, la nature finlandaise m’offre un espace à habiter, à explorer à mon rythme. Je suis presque seule. Autour de moi tout vit au ralenti, au bord du monde du sommeil. Devant mes yeux, les contours s’estompent, les formes s’obscurcissent, le visible se dilue dans le sombre. 

Cette lumière terne me fait peur. Elle m’intrigue. Je voudrais me nicher dans son épaisseur. 

Assise devant la maison, je regarde autour de moi. Je vois quelqu’un entrer dans la forêt, je ne distingue pas les traits de son visage.

Avoir un trajet, c’est important. Faire quelques pas, puis, encore quelques-uns. D’abord, prudemment, peu à peu avec plus d’assurance. Marcher dans ce velours qui colle. Plonger dedans comme on plongerait dans une eau inconnue et opaque. 

Où sont les frontières de ce monde ? Les percer pour sentir quelque chose entre les doigts. Pouvoir enfin s’arrêter sur quelque chose. 

Descendre le chemin. Traverser le champ jusqu’au ruisseau et le longer jusqu’à atteindre le lac. Le contourner. Prendre le raccourci à travers la forêt. Puis le chemin parmi les enclos endormis. Parfois, un chien qui aboie. Les autres lui répondent. La nuit, qui n’en est pas une, les lys d’eau éclosent. Quelque chose grésille sous les pieds. Un soudain battement d’ailes dans les roseaux. Puis, le silence est à nouveau là. 

Progressivement, je retrouve mes propres traces. L’herbe piétinée. Une brindille cassée. Une image gardée sous les paupières. Une lumière qui est tombée au fond de l’œil. Alors, c’est vrai : je suis ici.   

 

Beata Szparagowska

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10/07/2014

zurstrassen... on en parle

L’œuvre de la semaine
Guy Gilsoul
La nouvelle abstraction

Kandinsky, le premier parmi ceux qui osèrent ce qu’il appelait « l’art pur » (entendez non figuratif) avait prévenu : un seul point suffit pour que sur le blanc du support naisse une tension, donc une œuvre. Mais sitôt le deuxième signe posé, le déséquilibre apparaît. Le reste ne sera plus qu’une suite d’actions (la composition) pour tenter de gagner l’harmonie. Plus d’un siècle après les premières expérimentations, l’art abstrait a développé une grande diversité d’approches. Yves Zurstrassen (né en 1956) poursuit l’aventure la menant vers des complexités inouïes. A première vue : un grand désordre. Les registres gestuels sont divers entre peinture étalée, signe calligraphique, empreinte, superposition, effacement… Les couleurs tout autant. Arrêtons-nous à cet aspect. Car notre peintre (bien de chez nous) est d’abord un sensuel. Il aime l’onctuosité de la peinture à l’huile et l’explore. Il goûte aux différentes nuances de la couleur, visant dans les grands formats, les accords de gris, ocres, noirs et blancs  et dans les petits, des harmonies plus vives, voire explosives. Avec ces chromatismes, il touche l’énergie de la vie et tente alors de l’exalter davantage encore en fonction des lieux sur l’espace de la toile où il va les disposer. On songe alors à la musique. Entendons la peinture de Zurstrassen : l’harmonie qui s’en dégage possède le tempo des grands morceaux de free jazz. 

Bruxelles, Le Salon d’art. 81 rue de l’Hôtel des monnaies. Jusqu’au 12 juillet.
Du mardi au vendredi de 14 à 18h30, samedi de 9h30 à 12 heures et de 14 à 18 heures. Lesalondart.skynetblog.be

08/07/2014

zurstrassen... on en parle

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zurstrassen... on en parle

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zurstrassen... on en parle

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10/05/2014

zurstrassen

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La peinture d’Yves Zurstrassen interroge sans relâche la question « Comment habiter la toile, comment libérer les potentialités de l’espace ? ». Dominées par la palette des noirs, des blancs, des orcres, des gris, les compositions rythmiques des grands formats de cette exposition donnent à voir l’alliance d’une gestuelle puissamment expressive et d’une construction formelle exultante. Dans les petits formats où explose la couleur, l’audace provient de la conjugaison du dynamisme tempétueux et de l’apaisement du chaos. Le heurt des formes ivres, soumises à la bifurcation des plans pousse le déséquilibre jusqu’à la conquête d’une harmonie. La construction d’un espace pulsé, dansant, a-centré passe par une mise en résonance entre des formes dégéométrisées et des motifs répétés sous forme de filigranes, de grilles perforées, produits par les techniques du pochoir et du décollage.

Explorant la texture de la mémoire, l’archéologie de l’histoire de l’art et de sa propre création, Yves Zurstrassen revitalise l’abstraction notamment par le processus du retrait de ses papiers enfouis dont il ne cesse de creuser les infinies possibilités. L’œil est happé par la complexité des compositions optico-musicales scandées par une rythmique qui donne à voir et entendre le relief du temps et de l’espace, leurs empreintes. L’énergie des traits agence la surface de la toile en la désorganisant. L’impact charnel de la matière est porté par la chorégraphie des figures qui déconstruisent l’espace donné pour en déplier la genèse, l’engendrement aléatoire. Sur les toiles vibrantes d’Yves Zurstrassen, des formes hétérogènes se côtoient, des fantômes de formes effacées, dissimulées sous les strates, sans cesse retravaillées, se superposent et s’additionnent.

Dans la série des petits tableaux, la violence des coups de brosse qui se phagocytent et empiètent sur le réseau de lignes libère un monde labyrinthique. Poussées aux limites de la discordance ses compositions ouvrent à une nouvelle concordance autant visuelle qu’organique.

Véronique Bergen, avril 2014

15/03/2014

alban & martial bronsin

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Le Salon d’Art présente épisodiquement des artefacts traditionnels de cultures d’outre mer au sein desquelles quiconque participe selon ses besoins ou ses devoirs à une création basique. Certains développent cependant plus que d’autres, par attachement à ce geste, sans que cela soit particulièrement attendu, les aptitudes nécessaires à l’accomplissement artistique dans l’induction d’un espace sensoriel singulier. Ainsi se détachent du nombre des produits conventionnels – des géométries abstraites mimétiques des réalités existentielles, jusqu’à l’imagerie parfois – les ébauches d’œuvres opérantes par la tension d’un espace-temps.

Les objets ont été choisis pour leur prégnance esthétique par les spécialistes Martial et Alban Bronsin. Cette fois ce sont des broderies ajourées surappliquées de costumes de danse du Panama et d’Afrique subsaharienne des vanneries, des perlages, des fers, quelques peintures sur liber battu. Tous sont authentiques, créés pour l’usage en réponse à l’injonction culturelle : l’héraldique clanique des villages Mbole, le couple pasteur/bovidé des Peul M’Bororo, les parcours erratiques des pygmées Mbuti en immersion dans la forêt première notamment... mais l’explication ethnographique nous distrairait de l’opportunité qui nous est offerte de revenir à l’art par la racine.

Fussent-ils grevés d’un message culturel, (ce n’est pas toujours le cas), dès lors du moins qu’ils mobilisent nos sens, les arts travaillent les automatismes perceptifs universels qui nous les font apprécier en deçà de leurs étrangetés. Éprouver un tel message biopsychique n’exige aucun acquis culturel. Même modestes, les œuvres en puissance puisent leurs énergies en nous, hors de notre conscience. Elles ne résultent pas de l’exécution adéquate d’une procédure éprouvée mais bien des développements d’un jeu personnel dont l’enjeu se mesure pour nous à leur pouvoir de marquer notre mémoire et de nous attacher durablement à elles. 

Georges Meurant