27/09/2014

szparagowska... on en parle!

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agenda bdw #1443

16/08/2014

szparagowska

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Il est une heure ou deux heures du matin. Il n’y a pas très longtemps que le soleil est passé sous la ligne d’horizon et bientôt il réapparaîtra. C’est la nuit, mais il ne fait pas noir. Tout est reflets de bleus. Tout baigne dans une pénombre dont la lumière n’est ni celle de la nuit précédente, ni de la suivante. Dans sa durée prolongée, dans sa lenteur, entre chien et loup, la nature finlandaise m’offre un espace à habiter, à explorer à mon rythme. Je suis presque seule. Autour de moi tout vit au ralenti, au bord du monde du sommeil. Devant mes yeux, les contours s’estompent, les formes s’obscurcissent, le visible se dilue dans le sombre. 

Cette lumière terne me fait peur. Elle m’intrigue. Je voudrais me nicher dans son épaisseur. 

Assise devant la maison, je regarde autour de moi. Je vois quelqu’un entrer dans la forêt, je ne distingue pas les traits de son visage.

Avoir un trajet, c’est important. Faire quelques pas, puis, encore quelques-uns. D’abord, prudemment, peu à peu avec plus d’assurance. Marcher dans ce velours qui colle. Plonger dedans comme on plongerait dans une eau inconnue et opaque. 

Où sont les frontières de ce monde ? Les percer pour sentir quelque chose entre les doigts. Pouvoir enfin s’arrêter sur quelque chose. 

Descendre le chemin. Traverser le champ jusqu’au ruisseau et le longer jusqu’à atteindre le lac. Le contourner. Prendre le raccourci à travers la forêt. Puis le chemin parmi les enclos endormis. Parfois, un chien qui aboie. Les autres lui répondent. La nuit, qui n’en est pas une, les lys d’eau éclosent. Quelque chose grésille sous les pieds. Un soudain battement d’ailes dans les roseaux. Puis, le silence est à nouveau là. 

Progressivement, je retrouve mes propres traces. L’herbe piétinée. Une brindille cassée. Une image gardée sous les paupières. Une lumière qui est tombée au fond de l’œil. Alors, c’est vrai : je suis ici.   

 

Beata Szparagowska

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17/08/2011

beata szparagowska

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La maison de mon enfance, presque oubliée, éloignée de mille kilomètres, restera à jamais un mystère pour moi. La maison d’où l’on part et que l’on ne quitte jamais. Qui revient sous les paupières une seconde avant de s’endormir. Que l’on emmène partout où l’on va. Comme une lourde valise et comme un petit caillou porte-bonheur retrouvé au fond d’un tiroir un jour de pluie. Lui tourner le dos et se sentir soudainement abandonnée. La maison qui remplit le monde entier, petite comme un poing, comme un château de sable. Les chemins de retour tels des cercles sur la surface de l’eau, la langue depuis déjà longtemps sonne étrangère mais toujours la même douceur de l’herbe fraîchement coupée et la même coccinelle qui se balade tranquillement sur ma main.
La maison sur la colline, les guerres de l’enfance, le lac endormi à l’aube. Les sentiments ne portent pas encore de noms, le monde dure depuis à peine quelques minutes. Je ne vois que les nuages à l’horizon et les tiges mouillées de coquelicots dans mon poing trop serré.
Le soir, je reste allongée dans mon lit en écoutant le tic-tac de l’horloge. La tête tournée vers le mur, les yeux ouverts. Le papier peint de cette maison absente, j’en connais chaque courbe, chaque arabesque. Avant de m’endormir, j’arrache avec précision un bout de papier peint du mur. Morceau après morceau. Et je le mange. La maison, je la mange, morceau après morceau.
Comment photographier ce qui n’existe plus ? Comment montrer la mémoire ? Mes souvenirs sont incertains, douteux. Une mémoire qui est sûre de la couleur des murs mais pas du visage des personnes, qui se souvient d’un arbre mais plus du jardin.
Il n’y a pas d’enfance retrouvée. Il n’y a que des enfances fabriquées, quelques morceaux de souvenirs recollés, recousus bien ou mal, la couture toujours bien visible, maladroite.
Des boîtes remplies de photos muettes. Je ne sais qu’en faire. Comment les obliger à parler ? En quelle langue ? Comment les interroger ? Les découper, tordre, plier, déchirer, étirer, leur arracher des fragments, les mettre sous la loupe, les torturer pour qu‘elles parlent.
Elles restent muettes. Inaccessibles. Elles ne se trahissent pas.
Ces photos, parfois ratées, floues, mal cadrées restent parfaitement fermées, autosuffisantes, elles n’existent que pour elles-mêmes et sans aucune raison.
Il est impossible d’en extraire quoi que ce soit. Silence.
Il ne reste que des contours, quelques lignes, un geste. Une odeur.

beata szparagowska