22/12/2015

hollan, on en parle...

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Roger Pierre Turine, Arts Libre, semaine du 11 au 17 décembre 2015

19/12/2015

camille de taeye

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Surgies des brumes où le peintre s’est évanoui en 2013, ces grisailles parfois touchées de couleurs n’ont jamais été exposées. Feutrées et boréales, brutales et tendres, elles ont un peu valeur d’icône dans ce cheminement tendu entre la vie et la mort, montrant comment Camille naît à lui-même ces années-là en courtisant le vu et le vécu, le concret et l’improbable, le burlesque et le romanesque. Rapidement, il déploie sa stratégie d’alerte et de sauve qui peut dans le choc des contraires, l’imbroglio des symboles, l’incongruité des situations. Pas de commencement à proprement parler, de différence notoire en fonction des dates. Pas de musculation, autrement dit, de temps où, s’échauffant, le peintre planterait le futur. D’emblée, ce monde de volupté et de glace et ce langage sont le sien, mêlant aux matériaux du quotidien et de la nature les objets de désir et de menace. À la fin des années 70, les images sont fortes déjà en tension onirique et la grammaire plastique, chavirée. La géographie du sens dessus dessous et l’arsenal De Taeyens ou detaeyens ? sont en place. Squelette, nus, tête de Minnie, patin à glace, miche de pain et plaines lointaines, montagnes, torrents, forêts saignées en clairière... fantasment la représentation. Le désir est là, en embuscade et sans tabou. Une jambe, un rasoir, des crayons en carquois, un serpent, un escarpin se faufilent entre résurgences du passé et baisers de la mort, saluant ce monde abondant et prometteur qui ne perd rien pour attendre. Tôt aussi, le langage réconcilie peinture et dessin. Jamais l’un sans l’autre. Un dessin en virgule, dru, moucheté, presque cellulaire pénètre la toile mouillée, l’innerve, l’irrigue. Vaporeuse, la sensibilité picturale étire en nappe des lumières diffuses, suscite des éblouissements, égrène des camaïeux. Parfois, par le truchement d’un poisson rouge, d’un costume cravate et de couleurs acides, elle fait flamber la toile. Un poète de l’orage et de l’énergie est né, sans aucun doute.

Danièle Gillemon

19/11/2015

portfolio de quatre sérigraphies de glen baxter

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27/10/2015

estampe de alexandre hollan

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17/10/2015

alexandre hollan

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« Le son est le premier mouvement de l’immobile. » 

L’arbre naît, vit et meurt à la même place. Jusqu’à n’en plus pouvoir il croît vers le haut ; mais sous le sol, prend aussi de l’amplitude suivant, c’est le cas du chêne, la taille du feuillage. Il paraît d’une forme plus ou moins régulière, alors que vu de près il abrite un sacré fouillis. Depuis toujours il voisine avec l’être humain et le monde animal, dans un curieux rapport d’indifférence et de générosité démesurée. Il ressemble à quelqu’un mais on le prend pour quelque chose, – et marque les esprits au point qu’on lui en attribue, de l’esprit. 

Le chêne préside. Son puissant impact visuel a suscité des rêveries à n’en pas finir. Qu’il suffise de nommer sa reine, Égérie, et voilà pour la poésie-littéraire.

Cette rêverie perd pied devant les chênes que dessine Alexandre Hollan, au profit d’une émotion plus substantielle. Voilà qu’on ne sait trop qui, de l’homme sur le motif (ou non) ou de l’arbre ausculté donne le ton, éclaircit le noir, charge le gris, jouit d’autres couleurs, ouvre l’espace et le ferme aussitôt pour imprégner le papier.

Il y a une paisible effronterie à un tel acharnement. Ça permet un néologisme : achênement. Avisons-nous, par ailleurs, que ce processus créatif, qui est un mode de vie, constitue un flagrant déni à ce qui fait l’air du temps.

Les « Vies silencieuses » donnent corps aux fruits et objets manufacturés par l’homme qui en use (en principe) à son gré, pour se faciliter l’existence. Leur charge symbolique peut être forte mais dans le cas présent leur attrait réside dans les assemblages formels qu’elles permettent. La tradition veut qu’on parle de natures mortes ici dites « Vies silencieuses », compositions dont sourd une force étrange car les frontières entre les timbres s’estompent, sans que le diffus ne devienne confus.

Le secret de la passion qui anime ces œuvres est un doute perpétuel, qui mène le crayon et le pinceau par le bout du nez.

 

Daniel Meyer

17/09/2015

christian carez, on en parle...

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Le Mad, Le Soir du 26 août 2015

 

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La Libre, Arts Libre du 4 au 10 septembre 2015

09/08/2015

christian carez

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Le calathea est une magnifique plante originaire d’Amérique du Sud qui fait le bonheur de nos maisons grâce à son grand pouvoir décoratif, c’est la touche tropicale de notre intérieur et il convient de la soigner quotidiennement par des vaporisations adéquates et une exposition entre ombre et lumière, sachant que dans la forêt elle pousse sous les grands arbres, lira-t-on dans les catalogues des jardineries modèles. Ces plantes, avouons-le sans détour, sont ici délaissées, plongées dans le noir, sans l’eau ni la brumisation recommandées, objets d’expériences – la maison, ce laboratoire domestique – par lesquelles un homme veille à les laisser presque mourir pour tester leur résilience. On peut imaginer que la colère est à l’origine de la chose, bien entendu elle l’est, l’état du monde filant vers le néant des plantes, des bêtes et des hommes, une colère sourde, intime autant qu’universelle car nourrie du souvenir d’autres êtres délaissés, poussés à la limite, torturés. Le calathea est le souffre-douleur de cet homme arraché aux forêts de l’imagination par la banalité du temps et sa barbarie aux confins. Calathea crocata, l’appellation latine qui désigne la couleur safran des fleurs rares, fugitives, fait penser à « croqué », broyé, et peut-être avons-nous affaire ici à une métaphore de l’écrasement qui menace les espèces, dont la nôtre. Sur un fond qu’on dirait mazouté, ces calatheas survivent avec une grâce poignante qui parfois prête à sourire, comme on sourit des femmes que leur âge, la fatigue, le manque de soins en effet, rendent légèrement grotesques et dont pourtant on constate qu’elles ont encore de beaux restes, qu’un peu de joie ou simplement d’attention pourrait réanimer. Les contemplant davantage, dans l’abandon requis par leur mélancolie foisonnante, on peut y distinguer d’autres visages. Ceux, flétris et tenaces, des rescapés des camps, des victimes de viols de guerre, des enfants mal grandis ou des vieux délaissés. Et cette attention au « petit reste »*, c’est celle du photographe qui, millimétrant sa distance, sculptant l’ombre et la lumière, détaillant chaque tige, feuille, pétiole, guide notre regard, par cette fiction pudique, vers la résistance.

Caroline Lamarche  

* expression qui, dans la Bible, désigne le peuple persécuté.